Comité de HAGUENAU

LE SOUVENIR FRANCAIS

Après l'inaction forcée de 1792, l'armée dite "de Condé" avait, grâce au "coup de gueule" de son chef,  échappé à la dissolution générale des forces Françaises émigrées. Stationnés en Bade, à Villingen, les Condéens restent tout l'hiver dans l'expectative quant à leur sort. L’instruction se poursuit en attendant. Le 25 janvier 1793, un service funèbre est célébré dans l'église de la ville à la mémoire du roi Louis XVI, exécuté quatre jours plus tôt.

Finalement, l'émissaire du prince, le comte d'Ecquevilly, réussit à persuader l'Empereur d' Autriche de conserver ce corps à sa solde à partir de mars. Condé devient Feld Marchal lieutenant (lieutenant général chef de division), son fils, le duc  de Bourbon, général major (commandant en second). La majorité des autres grades supérieurs de nombreux gentilshommes ne sont pas reconnus. Les soldats toucheront sept sous (Français) par jour. Condé réunit la masse des appointements (y compris les siens) et les répartit également entre tous, quels que soient les grades. Belle mesure démocratique pour cette armée " d'aristocrates"


 

Organisation de l'armée de Condé en avril 1793:
Infanterie
Infanterie noble, 2 bataillons à 6 compagnies de 196 hommes
Légion de Mirabeau idem
Régiment Hohenlohe 3 compagnies
Régiment de Rohan

Cavalerie
1ere division: colonelle (ex noble)
2eme division: Lieutenant colonelle (légion de Mirabeau)
3eme division: 1ere Majore (chevaliers de la couronne/rgt , Dauphin/Salm)
4eme division: 2eme Majore (ex noble)
5eme division: (ex noble)

Le corps est placé sous l'autorité du maréchal de Wurmser à l'incapacité notoire ! L'armée est réorganisée en avril sur le modèle autrichien. Il est convenu que la "division Condé" ne pourra excéder 6000 hommes, elle en compte déjà 6400 à cette date et c'est le prince qui prend (et prendra souvent) le surplus à sa charge.

L 'artillerie reçoit les huit pièces promises par le roi Frédéric Guillaume.

Le 22 avril, la légion de Mirabeau et le 1er bataillon d'infanterie noble attaquent le général Custine près de Gemersheim. Des Condéens voient enfin le feu. La première vraie bataille a lieu le 17 mai à Rulzheim. Les Autrichiens s'y débandent mais la division s'y distingue. Le régiment de Rohan, l'artillerie et la cavalerie Royaliste sauvent l'armée toute entière et mettent les carmagnoles en déroute, ceux ci y perdent 2 000 hommes. Après ce coup d'éclat, Rohan, formé d'étrangers et d’Alsaciens, passe définitivement au service de L’Autriche. La perte de ses 1 000 hommes est compensée pour Condé par l'arrivée d’anciens soldats des Princes et de nombreux bourgeois Alsaciens.

C'est en juin qu'est officiellement adopté le "brassard Condéen" qui va devenir le véritable signe de ralliement de la division. En fait ce brassard est porté sous des formes variées  depuis 1791. Il devient obligatoire et sera blanc liseré de noir, portant trois fleurs de lys noires pour les officiers et soldats nobles, une seule pour les sous-officiers et hommes des troupes soldées (roturiers). Dans la pratique, n'importe qui arbore les trois lys sur le bras gauche, surtout dans les régiments dits "nobles". Comme le précise le Prince: "le corps étant noble par lui-même, il anoblit qui en fait partie !" Ce brassard sera porté dans toutes les campagnes jusqu'en 1797.

Les condéens participent à toute la campagne dite des lignes de Wissembourg: combats de Belheim en juillet, forêt de Bienwald en août, jusqu'à la prise de la ville le 13 octobre. Les affrontements sont violents mais victorieux. Le 14, les Autrichiens défilent dans la cité conquise. La division Condé marche en queue, mais les ovations de la population sont pour elle, de même qu'à Haguenau le 18. Ces succès amènent de nombreuses recrues au prince, ce qui déplait fort a Wurmser, pour qui le renforcement des Condéens est une menace pour la domination autrichienne. Il ne se prive pas de le signifier à Condé. Les relations entre émigrés et Autrichiens sont mauvaises. Ces derniers accaparent toujours les subsistances et les bons cantonnements et se conduisent mal avec les populations, les soldats de Condé n'apprécient pas ! Comme leurs "uniformes" tombent en loques et que l'hiver s'annonce, la municipalité de Haguenau réunit, par souscription, une forte somme destinée à la confection de vêtements chauds pour les Condéens. Le marquis de Bouthillier fait fabriquer des capotes grises pour tout le corps, on les baptise "Bouthillières".

Les combats se poursuivent en décembre à Berstheim où une charge à la baïonnette décide de la victoire. Le 8 les républicains reviennent en force et cette fois, c'est la cavalerie qui emporte la décision. Le prince qui voulait se mettre à la tête de ses soldats est ramené de force à l'arrière. En 8 jours, 400 Condéens sont tombés tués ou blessés. Nos émigrés tiennent les redoutes 12 et 13 des lignes autrichiennes, ils reçoivent enfin des tentes…

En face il y a Hoche secondé par Desaix, Lefebvre, Michaud, Ferino, Taponier… Les lignes de Wurmser sont bousculées le 26 sur le Geisberg. Wissembourg est libérée le lendemain. Brunswick et ses Prussiens ne peuvent empêcher la débâcle. L'armée autrichienne repasse le Rhin dans le plus grand désordre mais les condéens gardent leur cohésion et refluent sur Lauterburg dont la population les supplie de défendre leur ville ! Puis c'est Rastadt, Offenburg et Lahr. Pour une fois, les émigrés sont plutôt bien accueillis…

L'armée de Condé n'est pas engagée en 1794 et cantonne dans la région de Karlsruhe et Rastadt puis mène une vie de garnison à Hugelsheim. Les Autrichiens se font tirer l'oreille pour envoyer des subsides mais les Anglais fournissent 60 000 livres sterling.

En novembre, on ne compte plus que 6 000 hommes au corps. En janvier 1795, les condéens prennent leurs quartiers plus au sud puis dans le Wurtemberg. Les évènements militaires et politiques se poursuivent sans eux pour le moment. Les républicains remportent de nombreuses victoires sur les coalisés qui méprisent ou se méfient de ces Français qui pourtant luttent à leurs côtés. De plus en plus, ces derniers apprécient les succès de leurs compatriotes, ils vont jusqu'à refuser d'assister au Te Deum ordonné par Wurmser pour célébrer sa prise de Manheim à la fin de l'année. Le général autrichien n'aime guère les émigrés qu'il juge railleurs et aventureux, il le leur fait bien sentir… De fait, malgré leur vaillance, les condéens sont d'une indiscipline chronique, ils s'adonnent frénétiquement au jeu et à la chasse qui prend souvent des allures de braconnage, et ce, malgré les sanctions que prend le prince, sanctions souvent de principe d'ailleurs. Ajoutons à cela un goût prononcé pour la "bagarre" et tout ce qui porte jupons. On comprend que les problèmes soient nombreux avec les populations locales et dégénèrent parfois en rixes qui peuvent être meurtrières à l'occasion...

 

Il ne reste rien de cette bataille dans ce village, si ce n’est

une rue à la mémoire de

Gouvion-Saint-Cyr.

L'ARMEE DE CONDE EN 1793/1794